samedi 20 octobre 2018

Trail de Jouques

Trail de Jouques - 14 Octobre 2018
35km - 1200m D+

Une distance que je trouve difficile à gérer : trop long pour se permettre de partir trop vite, mais trop court pour se permettre de gérer au départ.
La problématique est donc de partir juste en dessous de la limite accordée par son état de forme du jour...Compte tenu des nuits perturbées en ce moment par Apolline, cet état de forme est très fluctuant; je vais donc jouer la sécurité.

Top départ ! Je pars en tête, et laisse tout de suite 10 concurrents me passer. J'ai bien dit sécurité !
Mais ma foi, les jambes ont l'air bonnes, alors même si j'essaie de lever le pied, je ne concède pas beaucoup de terrain, et ne reperds pas de place sur les faux plats qui mènent à la première ascension de la Vautubière.
J'en regagne même une rapidement dans la montée...j'en garde sous le pied, mais malgré tout le rythme est bon, le régime cardio-vasculaire ne s'affole pas, et je me sens léger...
Serais-je dans un bon jour ?
J'ai déjà remarqué qu'il me fallait 20-25 minutes pour être fixé de manière certaine, et là, tous les signaux sont au vert, alors laissons un peu la sécurité de côté...

Je bascule en 10è position, au km 5. Juste derrière moi, je vois un maillot bleu et un maillot rouge, à moins d'une minute.
L'écart augmente dans la descente, d'abord large et peu technique, puis étroite et sinueuse.
J'affectionne ce terrain, pas forcément très technique, mais qui demande de la souplesse et de l'agilité.

Et justement, aujourd'hui, ce type de terrain va être prédominant. Un parcours comportant beaucoup de petit singles sinueux pour pieds agiles, peu de pente à la descente comme à la montée, mais beaucoup de relances et de changements de rythme. Un parcours très agréable, roulant mais néanmoins pas très rapide.

L'écart avec mes deux poursuivant se réduit lors de la montée suivante, puis augmente dans la descente...et ainsi de suite pendant 20 km. Je suis tout seul avec de temps en temps un maillot rouge et un maillot bleu en visu moins d'une minute derrière moi. J'ai vraiment l'impression aujourd'hui de jouer le rôle du gibier !
Seulement...la deuxième ascension de Vautubière se fait par paliers, entrecoupés de petites descentes certes, mais avec une prédominance de côtes. L'écart se réduit, jusqu'à nous voir nous retrouver côte à côte aux alentours du 26è
Je me suis alimenté convenablement, mais - les nuits difficiles auraient-elles une part de responsabilité - je ne trouve pas vraiment de deuxième souffle, et je dois laisser partir Mr10 rouge et Mr11 bleu...

Un single bien sinueux et technique, puis un passage raide dans les rochers près du sommet de Vautubière...et oh surprise, je repasse Mr Bleu ! Il me semble avoir aperçu Mr rouge un peu plus loin sur le sommet. Je calcule un écart, il y a presque 2 minutes.

J'ai droit juste avant de basculer à quelques encouragements fort bienvenus de David"Coach"TheKid, qui me convainquent de jouer mon va-tout dans la dernière descente.

La descente est bien sinueuse, plus technique, alors j'attaque et Mr bleu derrière moi décroche...mais revient en partie sur un palier...et ainsi de suite jusqu'en bas. Il n'arrive pas à suivre dans les parties techniques, je l'entends se faire violence...et se faire des frayeurs, mais je ne fais pas assez le trou.
Arrivés en bas, je me retrouve 30s derrière Mr rouge 10è, Loïc Meyniel, et 15s devant Mr bleu 12è, Vincent Toucas, qui a tôt fait de me reprendre...

Nous nous encourageons mutuellement pour les 3-4 derniers kms, à peu près plats sur un chemin plutôt rectiligne et large, mais je vois bien que mes batteries sont autant à plat que celles de mon GPS, qui justement a commencé à me lâcher en même temps que mes forces au 26è km.
Je plafonne à 11-12 à l'heure, et l'écart augmente. Le gibier s'est fait avoir, il est même déjà cuit et désossé !
A la faveur d'une bonne ligne droite, je me retourne, et ne voyant personne, je prends le parti de terminer tranquillement les 3 derniers kms.

J'ai terminé mes réserves d'eau, et je commence à être bien sec, je suis donc assez content de voir que les bénévoles postés à l'un des derniers carrefours (2km du but !) ont installé une petite table.
Yes, je vais pouvoir m'arrêter pour boire un peu !
Ah tiens, pas de gobelet, juste deux verres et une bouteille...de rouge.
Evidemment, ce n'est pas un ravitaillement, c'est juste leur matériel perso :-)
Ils ont quand même une bouteille d'eau que, et je m'en excuse auprès d'eux, j'utilise de manière assez autoritaire ! A posteriori...merci pour le coup à boire !

J'observe de loin l'arrivée pratiquement au sprint du 10 rouge puis du 11 bleu. Je franchis la ligne 2 bonnes minutes derrière, 12 jaune, et à ma surprise 2è de ma catégorie (V1, c'est à dire "Vétéran 1"...allez savoir pourquoi, je préfère la dénomination "Master 1" qui nous est donnée sur certaines course !).
 Le "Vieux 1" tout de même escorté par son fan club, avec à gauche Ariane, à droite Bérénice, qui viennent de faire le petit parcours de 5km avec ma mère, Julie étant restée coincée à la maison avec Apolline.
J'ai même droit au bouquet, encore plus beau que celui du vainqueur !

Nicolas





lundi 13 août 2018

Trail de l'Etendard 2018

29 Juillet 2018
65km, 3900m D+, 3100m D-

Le départ a lieu à Bourg-d'oisans, le parcours nous fait monter jusqu'au dessus du lac Blanc, par Villard-Reculas et l'Alpe d'Huez. Puis une longue descente vers le barrage de Grandmaison, une remontée vers le col de la Croix de Fer, puis une boucle jusqu'au pied du glacier de Saint-Sorlin, et enfin la redescente vers St Sorlin d'Arves où sera située l'arrivée. 65km de panoramas splendides, avec une organisation impeccable !

2 difficultés (en plus de la distance et du dénivelé):
- Un parcours quasi constamment au delà de 1500m d'altitude, avec 2 sommets à 2700-2800m. L'altitude sera donc un facteur important. Je n'y suis pas habitué pandant l'année, mais notre arrivée à Chamrousse 1750, quelques jours avant, va me permettre de m'accoutumer et de ne ressentir les effets qu'aux abords des sommets.
- Les sentiers sont quasi exclusivement des monotraces très techniques...lorsqu'ils existent. Je me suis beaucoup entrainé dans les montées-descentes les plus raides et rocailleuses du Concors, je me sens agile et le pied sûr, mais aujourd'hui la difficulté technique revêt une toute autre dimension.

Une chose est sûre, ce trail est une épreuve difficile, très peu roulante, cassante même, pour montagnards, qui nécessite plus qu'un minimum de condition. J'en veux pour preuve le faible nombre que nous sommes au départ (moins de 80 !).
Boucler les 65km en 10h me paraît réalisable, mais les temps peuvent vite s'allonger considérablement.

4h30, je laisse toute la petite famille à Chamrousse (dont 3 cyclones...finalement ce sera peut-être une journée reposante pour moi)
6h, le départ est donné.
D'abord 5 km de plat sur un chemin large pour s'échauffer et aller chercher le début de la première ascension. Profitons-en, c'est la seule partie roulante. L'occasion de me rendre compte que les sensations sont bonnes : je suis calé autour de la 20è place, sans effort à 13-14 km/h.

Et la montée commence. Le chemin rétrécit pour devenir un sentier, pas trop technique finalement jusqu'au sommet. Je trouve mon rythme sans tenir compte des autres participants. 2000m à gravir, d'une traite, avec néanmoins un palier au niveau de l'Alpe d'Huez.
Fidèle à mes habitudes, je rajoute 5 minutes hors parcours, après avoir suivi 3 participants qui ont eux-même suivi les mauvaises rubalises...un passage sympa à travers pré pour corriger le tir, et les pieds trempés avant même le premier franchissement de torrent !

Le sommet arrive, au dessus du lac Blanc (km22) et là les difficultés techniques commencent vraiment.
Très sinueux, très caillouteux, parfois à peine marqué, le sentier nous fait redescendre jusqu'au barrage de Grandmaison (km33), soit pas loin de 1300m de dénivelée négative. Plusieurs torrents à franchir au fond de ravins cassent un peu plus le rythme. Heureusement que je ne suis pas dans un mauvais jour, parce que des pieds malhabiles finiraient par rendre cette descente interminable et épuisante.

La débauche d'énergie est cependant importante, ce que je vais payer un peu dans la partie suivante : on longe le lac de Grandmaison puis on remonte gentiment jusqu'au col de la Croix de Fer (km42). Une pente peu importante, de quoi redonner un peu de rythme, mais j'ai un coup de moins bien et suis obligé de gérer ce mauvais passage.
Une mauvaise nouvelle : je n'arrive plus à m'alimenter depuis le bord du lac. Seule l'eau pétillante des ravitaillements arrive à passer, et ce sera tout ce que je prendrai jusqu'à l'arrivée, ça et 4 gels énergétiques...C'est embêtant, et il va falloir que je trouve d'où ça vient, parce que voila deux fois de suite que plus rien ne passe après 4 ou 5h de course...la piste de ma boisson énergétique est à suivre: c'est pourtant la même depuis toujours, mais j'ai l'impression que je ne la tolère plus de la même façon...

Montée jusqu'au pied du glacier de l'Etendard (1000m D+, km 51) via le refuge, un sentier étroit, sinueux, technique, bref peu rapide. Je suis bien fatigué, mais le rythme est encore bon et le coup de mou est passé. Je reprends un ou deux concurrents, et gère en fonction de celui qui, 1 minute derrière moi, me rattrape, et qui ne me reprendra cette minute qu'au pied du glacier. J'arrive encore à trottiner le long des 3 lacs dès que c'est techniquement possible, et je me rafraichis les jambes et la tête avec la neige des 4 ou 5 névés à franchir.

Voila un petit moment que je me dis que les 10h ne seront pas tenus, et mon opinion est confirmée lorsque je vois dans quoi nous allons passer pour redescendre au refuge : un gros passage hors sentier, dans les rochers, éboulis...globalement en descente mais avec toujours un truc à enjamber, éviter, escalader. Une allure d'escargot pour une descente ! Et heureusement, mon travail technique est payant !
On retrouve enfin un sentier aux abords du dernier lac, un peu avant le retour sur le refuge (km56). Mon acolyte a pris un peu d'avance, je le vois encore 2 ou 3 minutes devant, qui semble être dans un bon passage.

Reste la dernière descente, jusqu'à St Sorlin d'Arves. Toujours technique au début, puis plus roulante après le dernier ravitaillement du col de la Croix de Fer (km60). En regardant le chrono, je me dis que j'ai sûrement été pessimiste depuis un moment : je ne suis pas si loin des 10h, et en forçant un peu, il y a peut-être de quoi y arriver...
Je me fais violence dans les parties techniques, et arrive dans les parties plus roulantes à mettre en oeuvre ce qui a le moins servi de puis le départ, à savoir allonger la foulée. Les bâtons ne me servent plus uniquement dans les montées, mais partout, soit pour alléger, soit pour pousser.
Je finis suffisamment bien pour quasiment récupérer l'autre concurrent, qui garde 20 secondes sur la ligne (pas très important du reste), mais suffisant pour, à l'arrachée, terminer 19è en 9h58'45" !
Cassé, lessivé, mais content de moi.
Un peu d'eau pétillante pour fêter ça !

Nico


















samedi 19 mai 2018

THP 2018

Ultra de Lure 2018
12 Mai 2018
77km - 3600m D+ - 3600m D-

Profil de l'épreuve:
La montagne de Lure, cousine du Ventoux : elle en est assez rapprochée et lui ressemble beaucoup, avec notamment le même paysage lunaire au sommet. Paysages magnifiques en perspective, tout au long d'un parcours prometteur.
Côté forme du jour, je suis inquiet: l'entrainement a été efficace, j'ai un bon rythme, mais cette bronchite que je traine depuis près d'un mois a bien diminué ma VO2max. Les 2 petits trails récents de 13 et 11km semblent montrer que tout est en train de rentrer dans l'ordre progressivement, alors espérons que les 6 jours entre le dernier des deux et cet ultra auront été suffisants pour récupérer toutes mes capacités d'oxygénation. Côté fatigue, ce ne sera pas parfait: j'en veux pour preuve cette régulière sensation de sommeil en début d'après-midi, qui me conduit à faire une sieste la veille du départ.
Quoiqu'il en soit, Julie va gérer toute seule la tribu des 3 gremlins, alors j'aime autant vous dire que je ne vais pas faire le déplacement pour rien. Abandon interdit.

Départ à 5h à la frontale. Je suis en tête de la course pendant les 150 premiers mètres, puis je cède la place bien volontiers aux concurrents qui souhaitent passer...J'aperçois Julien Chorier (double vainqueur de la diagonale des fous, de la Hard Rock dans le Colorado, etc, etc, bref, professionnel de toute première classe mondiale), alors il est assez facile et évident de céder.

J'essaie justement de ne tenir compte que de mon allure, que je veux absolument en dedans, et non de me faire embarquer dans un rythme qui ne serait pas le mien et qui m'entrainerait à la catastrophe.
Je remarque simplement qu'une bonne trentaine de concurrents m'ont dépassé, ce qui me fait me dire que la densité du plateau du jour doit être particulièrement élevée !

Je parcours les 15 premiers km avec des sensations assez légère, ce qui est bon signe. Je suis avec un petit groupe de 4 ou 5, que je lâche dans la descente juste avant le ravitaillement du Rocher d'Ongles, descente en souplesse, autre bon signe pour la suite.

Je ne m'arrête pas vraiment à ce ravitaillement, juste le temps de boire un verre cul-sec, et je continue tranquillement (35è position).
Peut-être un peu trop tranquillement, parce que je dois rêvasser pour rater les rubalises qui envoient dans un petit sentier à gauche...J'arrive rapidement dans une cour de ferme, cherche les rubalises...ok, demi-tour...5 minutes de perdues tout à fait bêtement. Mon petit groupe est devant moi maintenant.

Je gère très tranquillement le tronçon suivant jusqu'au ravitaillement de Lardiers (km23): de longs faux-plats usants, dans lesquels j'alterne course et marche. Je perds logiquement quelques places.
Juste un verre au ravitaillement, et c'est parti pour la très longue ascension jusqu'au sommet du Contras, le premier sommet de la montagne de Lure. 8 km qui vont crescendo.
Le début n'est qu'un gros faux-plat, et je perds encore quelques places (avec celles que j'ai perdues, des concurrents me doublent encore sur un rythme plus que correct...je ne suis clairement pas dans un mauvais jour, alors l'hypothèse d'un niveau global très élevé se confirme).
Puis, la pente s'accentuant, je ne perds plus rien, et regagne même une ou 2 places à l'approche du sommet (km31), que je ne passe qu'à la 56 ou 57è place !

Le prochain tronçon permet d'arriver jusqu'à l'autre extrémité du sommet de Lure (les Antennes, km46). 15km en dents de scie, sur des sentiers plus techniques et plus raides, aussi bien sur les parties montantes que descendantes. On ne suit pas la ligne de crêtes, et l'air de rien cette partie représente 1000m de D+. Je suis plutôt à l'aise, toujours relativement souple, je traverse une bonne période, et regagne pas mal de places, puisque je franchis le sommet en 45-46è position. Les jambes commencent quand même à être dures dans les montées, suite à quelques petites crampes ressenties dès l'ascension du Contras.

Une alerte cependant, puisqu'aux alentours du km 42 je dois m'arrêter dans les fourrés, exigence de mes intestins. Ca, c'est un signe de fatigue, mais qui arrive bien tôt ! Une manifestation de cette fatigue d'avant-course pas totalement éliminée. J'ai aussi du mal à m'alimenter en solide...

La descente qui suit fait près de 7 km, jusqu'au ravitaillement du km53 (Pierrefeu). Un chemin large et caillouteux dans son ensemble, que je trouve facile, mais apparemment pas au goût de tout le monde, puisque je regagne 10 places ! Sans vraiment attaquer, mais sur un rythme soutenu.
Revers de la médaille, mes jambes sont maintenant vraiment dures. Je prends de nouveau un ravitaillement express, plutôt liquide parce que le solide ne passe plus, hormis quelques carrés de chocolat qui fondent avec une gorgée. Je repars 35è.

Quelques montées et descentes peu raides et peu techniques jusqu'au ravitaillement du km 64 à St Etienne les Orgues. Un tronçon assez soft. Mes jambes sont raides, mais je me fais violence et garde un rythme correct et légèrement plus rapide que les concurrents qui m'entourent...lorsque je ne suis pas dans les fourrés à les regarder repasser. 3 arrêts "intestinaux" sur ces 11km, font qu'au global je reperds une bonne partie des places chèrement gagnées, et que je commence à me sentir...vidé.

Je bois beaucoup au ravitaillement, embarque avec moi des carrés de chocolat (il n'y a plus que cela qui passe, même s'il me faut un moment pour avaler un carré), et effectue les 13 derniers km assez lentement, quoique pas plus lentement que les autres concurrents parce que je trottine encore régulièrement quand ça ne monte pas, et parce que je reste plus rapide en descente, même si j'ai maintenant 2 jambes de bois.
Un ultime arrêt "fourré" me fait encore perdre 3 places d'un coup (incroyable qu'à ce moment de la course, un arrêt de 3min me fasse perdre 3 places !!).
Le miracle pour effectuer les 4 derniers km : un gel énergétique tombé au sol, échappé par un concurrent précédent, non entamé ! Je le récupère et l'avale.
Je franchis la ligne 50è, mais dans un temps très correct de 10h47', qui pour comparaison (et pour me rassurer) m'aurait placé 15è l'an dernier. Incroyable densité de concurrents, peut-être due à un parcours superbe et une organisation sans faille : manquait juste un haut-parleur pour m'empêcher de me gourer !

Nicolas


















dimanche 20 septembre 2015

Ecotrail de Sommand 2015

Sommand-Praz de Lys, 20/09/2015
50km, 3600m D+ (et 3600 m D-)

Comment vais-je bien pouvoir gérer ce trail ?
Je reste sur des performances qui vont crescendo, mon corps semble maintenant être mieux accoutumé à ce sport, Julie m'a permis de passer encore une fois les 4 ou 5 dernières nuits en bas, donc je dois être relativement reposé. Je suis en confiance, il semblerait alors que je puisse commencer à prendre plus de risques dans la gestion de la course.

D'un autre côté, une désillusion serait mal venue pour cette bien fragile confiance.

Au départ à 7h du mat', mon choix n'est toujours pas fait. Certes, une tendance se dégage, mais j'attends je ne sais quelle information complémentaire qui ne viendra pas.

J'ai laissé les bâtons dans le coffre. Ils permettent de soulager les jambes, mais j'ai remarqué qu'ils nuisaient à mon style en montée, davantage basé sur la force des cuisses: lorsque je les ai, je me repose (évidemment) dessus et je dégage moins de puissance avec les jambes. Il me reste donc tout un stock de quadriceps à la fin de la course, que je trouve dommage de ne pas avoir utilisé. Par ailleurs, les bâtons me contractent le haut du corps et font monter le coeur plus haut en pulsations.
Pour un 100km, l'effet économie l'emporte, mais pour un "simple" 50km, même avec 3600m de dénivelée, j'ai suffisamment confiance dans mes cuisses...

Il fait beau, et 4°C au départ (environ 1500m d'altitude), alors pour me réchauffer, je pars trotter sur le grand terre-plein qui mène aux remontées mécanique. Un aller, demi-tour, et je me retrouve, pour le retour, ébloui par un projecteur. Je n'y vois pas grand'chose, mais bon, sur un parking vide, quel est le risque ?
Le risque, il est de se payer un plot en béton !!!
Il ya 2 plots en bétons sur les 50m de large de ce foutu parking !!!
Le départ n'a pas encore été donné, et j'ai le tibia en sang...je ne pense pas me vider de mes globules rouges, mais par contre, ça fait un mal de chien et je boîte !
Je n'aurai qu'un mot (poli) : Bravo !
En moins poli...c'est beaucoup plus disert et imagé.

La douleur passe (ouf) et...voila soudain l'information complémentaire que j'attendais: il fait 4°C, je suis en manches courtes, et je n'ai pas froid...j'ai à maintes reprises constaté qu'un tel cas de figure m'autorisait à penser que j'étais potentiellement dans un bon jour !
La stratégie est maintenant arrêtée.

Départ, je me positionne dans les 20 premières places, et je monte à un rythme assez rapide la première ascension qui commence au bout de 150 ou 200m.
Sensations bizarres...je ne me sens pas si à l'aise que ça, j'ai l'impression de ne pas être rapide, mais en fait c'est le rythme des premiers, qui est très élevé, qui fausse ma perception.
Descente technique et glissante (il a plu beaucoup ces jours derniers, jusque dans la nuit), mes pieds sont malhabiles, je fais quelques glissades intempestives, mais la situation s'arrange plus bas. Je suis 18-19è tout en bas, bien que j'y sois en 1h15 seulement.

Je gère de la même manière les 10km suivants, pourtant casse-pattes et parfaits pour déglinguer des jambes pour le reste d'une course...La prise de risque se poursuit, j'espère que je n'en fais pas trop.

Pas d'arrêt au ravitaillement de Praz-de-Lys, ni à celui de Sommand au km 20.
Dans la montée sur le col de Chavannais, je subis le contre-coup de ces efforts...je perds quelques places, parce que je monte vraiment lentement. Je me sens fatigué, et d'autant plus inquiet...

Mais je descend encore correctement, et monte la principale difficulté, la pointe de Chalune, relativement bien, en puissance.
Finalement, le coup de mou est passé, et je fais de nouveau une belle descente. Une place reprise par-ci, une par-là...
Ravitaillement du 35èkm...arrêt 30 secondes pour remplir une de mes gourdes.

Montée sur les chalets d'Uble, un concurrent repris s'accroche, et me repasse même devant, d'une dizaine de mètres. La descente est technique, et j'ai retrouvé une bonne souplesse, qui me permet d'anéantir ses espoirs.

Il n'est pas si loin dans la montée suivante sur Praz-de-Lys, mais ne revient pas, ses efforts précédents lui restant sûrement en travers des jambes. J'enfonce le clou dans la descente suivante et en ne m'arrêtant pas au dernier ravitaillement: un petit verre ne m'aurait pas déplu, mais je ne veux pas qu'il revienne au contact.

Il reste 4 km. Dernière montée, moins raide...Mais que vois-je tout là-bas devant ? Un short bleu, qui m'avait lâché en début de course !

J'ai tôt fait de calculer l'écart, il est quand même de près de 3 minutes ! La chasse, c'est bien, mais là, je risque d'être un peu court...Beau challenge, ça se tente !
Le gibier a dû sentir qu'il était traqué, car il se retourne et me voit. Comme ça, il ne sera pas pris au dépourvu, c'est une chasse à vue.
Il essaie de relancer en courant, mais repasse rapidement à la marche. Puis court. Puis marche...
C'est fait, le prédateur a senti l'odeur de la "peur"...la proie est condamnée.
Je passe en mode désossage, et je fais l'intégralité du reste de l'ascension en courant.

Je finis de combler les 3 minutes 50m après le sommet.
Quand un fauve a mis une proie à terre, il a tout intérêt à l'achever rapidement...ce que je fais en le doublant avec un maximum d'écart de vitesse, histoire d'ôter en lui tout espoir de s'accrocher.

Je finis en boulet de canon, finalement à la 13è place, avec un temps de 6h54, sous les 7 heures. J'améliore mes temps de l'an dernier et d'il y a 2 ans de plus de 30 minutes !

Peu importe le classement, c'est ce temps qui me ravit, ainsi que les conditions pour le décrocher ! Enfin un trail, peut-être pas idéal, mais vraiment couru de bout en bout (à part un coup de mou).
Enfin j'ai pu faire appel à toutes mes forces sans être limité par la câblerie, articulations, peau des pieds.
Bref, enfin un trail "plein" !

Nico

lundi 17 août 2015

Trail des Hauts Forts

Morzine - 16 Août 2015 - 43km - 3200m D+

Les chaleurs du mois de Juillet, associées à la fatigue générée par le trail de Samoens, m'ont fait passer une période difficile. Heureusement, la température a baissé, et ma forme est acsendante. Chaque sortie, à vélo ou à pieds, me voit retrouver des sensations meilleures.
Pour la première fois depuis un bon moment, je me sens même léger pendant les 3 entrainements passés dans la caillasse de Chamrousse.
Par contre, j'espère que ces 3 séances de mardi, mercredi et jeudi, ne vont pas peser dans mes jambes pour la course de dimanche !

Bonne nouvelle pour moi au départ, il fait moins de 10°C, et les températures ne sont pas sensées monter beaucoup ! Il pleut à seaux. Pluie, brouillard, froid...Ca me va !
J'ai calculé ce dont j'aurai besoin en ravitaillement solide et liquide, et ai fait en sorte d'être complètement autonome. J'aurai un sac un peu lourd au début (encore que je n'ai pas rempli les poches à eau complètement), mais je prémédite de ne m'arrêter à aucun ravitaillement.

Le départ est donné au centre de Morzine, et la première ascension, de 600m D+, commence tout de suite. Le rythme est infernal ! Je me retrouve illlico 16 ou 17è, en étant pourtant parti un peu vite et en ayant (ouf) des bonnes jambes !
Je passe le sommet en 16è place, et reste 16è après la descente rapide et peu technique.
Pas d'arrêt au ravitaillement.

S'ensuit une partie de plusieurs km en faux-plat montant, idéale pour laisser des plumes. Je me limite donc à un rythme assez lent, il y a peu à gagner (à condition de courir, quand même).
Et ça m'arrange, parce que comme à Samoens, je subis le contre-coup de la première montée-descente. Je ne suis pas à l'aise, et me demande si le départ un peu rapide ne va pas m'être préjudiciable pour le reste de l'épreuve.
Les autres concurrents mettent plus de braquet que moi, et je me fais doubler...que dis-je, enrhumer, par plus de 10 trailers, me retrouvant 28è !

Je reconnais parmi eux Luca Papi, 5è cette année de l'ultra du bout de Drôme, vainqueur de la Montagn'hard, donc une sacrée pointure. Il est réputé partir lentement, puis remonter ensuite inexorablement. En voila donc un que je ne reverrai pas avant l'arrivée !
En me doublant, me voyant plus lent que tout le monde, il me chambre: "C'est fini l'échauffement, maintenant !"
Sa remarque, amicale et certainement pas moqueuse, me fait sourire un peu. A un autre j'aurais répondu que la course, elle, n'était pas finie, mais ne me sentant pas bien, je n'en suis pas si sûr, et puis, à un cador comme ça, on répond "oui, Monsieur" ou on se tait.

Une deuxième ascension de 600m, suivie d'une descente peu raide et peu technique, et j'arrive au ravitaillement du km 19, qui précède la difficulté principale du jour, une ascension de 1000m. Comme prévu, je ne m'arrête pas au ravitaillement, ce qui me permet de doubler quelques concurrents "dans les stands". C'est bien ce qui me semblait, le long faux-plat n'a pas permis de creuser des écarts considérables...et pour la fatigue, c'est à partir de maintenant qu'on va compter les points.

Je monte correctement, le coup de mou semble être passé. Non seulement je ne reperds plus de place, mais j'en regagne 2. Je dois être revenu aux environs de la 20è place quand commence la descente.

Qu'est-ce qu'on se sent bien avec un peu de fraicheur et d'humidité !

Celle-là, je l'avais repérée sur le profil, prévoyant de l'aborder relativement frais: elle est très très longue, pas très raide, donc il est possible de faire des écarts par rapports à des concurrents émoussés. A ce que je vois, les organismes sont déjà atteints, et j'espère que ma gestion de ce fameux faux-plat va me donner un avantage sur la fraicheur...
J'ai habituellement un peu de mal aux changements de rythme, c'est-à-dire aux débuts des montées et au début des descentes. Celle-là ne fait pas exception, et les premières minutes sont un peu laborieuses.
Mais, ces quelques minutes écoulées, un déclic, presque soudainement.
Je me sens léger, incroyablement souple sur mes jambes, mes pieds sont d'une agilité diabolique. Des sensations extraordinaires que je ne me rappelle pas avoir connu en trail.
Je n'ai aucune douleur nulle part, mes pieds se posent où il faut, comme il faut, j'ai l'impression de voltiger au-dessus des cailloux.
A ce rythme, je reprends 5 ou 6 concurrents dans cette seule descente.

En bas le dernier ravitaillement avant l'ultime ascension vers l'arrivée à Avoriaz (650m D+)...Je ne m'arrête pas et double un autre concurrent, qui lui, repart.
Comme d'hab', les premières minutes sont un peu difficiles, ce qui est bien normal cette fois-ci, vu la descente que je viens de faire.
Il reste au contact, mais mes sensations reviennent (très honnêtement, j'ai bien mal aux pattes) et je me mets en mode "course de côte" avec l'énergie qui me reste.
Je fais une super montée, revenant à quelques secondes seulement de Didier Chaffard, qui avait terminé près d'1 heure devant moi à Samoens !

Mr Luca Papi n'a passé la ligne que depuis 5 minutes !
Nous discutons un moment près de l'arrivée...Personnage incroyable de simplicité et d'humilité, lui qui fait un trail par semaine, celui-ci étant le plus court de sa saison !!!

Je suis annoncé 11è par le speaker, mais je suis en réalité 13è, en 5h25. C'est la bonne surprise de ce trail !

Mauvaise surprise: bien qu'ayant été annoncé, interviewé, mon temps n'est pas comptabilisé et je n'apparait pas pour l'instant dans le classement...régularisation à venir, j'espère.

Une mauvaise surprise pour le repas, qui n'est pas compris...Il fallait payer plus cher à l'inscription. C'est la première fois que je vois cela, donc j'ai raté ce détail au moment de m'inscrire...
Le repas est dans un restaurant d'Avoriaz, et je comprends que le restaurateur ne soit pas philanthrope, mais j'ai déjà vu souvent un arrangement gagnant-gagnant évident avec l'organisateur : quitte à augmenter le tarif d'inscription de 2 ou 3 euros, les participants ne paient pas le repas, sachant qu'ils amènent des couverts supplémentaires via leur famille, leurs accompagnateurs...

Nous sommes une table de 8, dont seulement 3 participants. Le restaurateur (restaurant La Falaise) y gagne donc 5 repas, mais refuse toute concession pour une simple assiette de pâtes pour moi...alors je reste le ventre vide ! Je trouve ça mesquin.
Je viens de retourner sur le site web d'inscription, le surcoût pour le repas participant était de 12€ !! 12€ pour des pâtes après un trail !!! Je suis furieux !
Suis-je bête ! L'organisateur est l'office du tourisme...Je comprends mieux son arrangement avec le restaurateur !!! C'est plutôt une combine, la vache à lait étant le traileur ! Je suis vraiment furieux !
En terre de tourisme, quand il y a un petit profit en vue, on préfère mettre toute convivialité de côté !

Je n'y remettrai pas les pieds, et j'espère ne pas être le seul !

Nicolas
















mardi 23 juin 2015

Samoens Trail Tour 2015

Samoens, 21 Juin 2015
65 km, 4600 m D+

Cette fois-ci, Vincent ne sera pas là, préférant aller faire un peu de trail avec l'armée au Tchad. Il va donc falloir que j'assure pour qu'il y ait un Jandard à l'arrivée.
Je sais que mon niveau physique actuel est bon, mais je sais aussi que ma forme du jour est fluctuante:
d'un entrainement sur l'autre je n'ai pas du tout les mêmes sensations, alternant souplesse et jambes lourdes. Julie a beau y mettre beaucoup du sien en me permettant de passer de nouveau quelques nuits complètes dans la chambre du bas, il n'y a pas assez de constance à moyen et long terme dans la récupération nocturne pour avoir une condition stable et optimale.
Compte tenu de la difficulté de cette épreuve (4600m de dénivelée positive et négative), si je suis dans un "bon" jour il me faudra beaucoup gérer, les fatigues accumulées les semaines passées ressortiront dans la deuxième moitié de course. Dans le cas contraire, ce sera l'horreur...
Du côté de la sérénité, on a vu mieux.

4h du mat', centre de Samoens. Le parrain de cette épreuve, la légende vivante du trail Dawa Sherpa, est présent à côté du sas de départ. Je suis admiratif envers ce fabuleux champion, qui a toujours brillé, par ses performances bien sûr, mais aussi par ses qualités humaines. Son humilité, entre autres, impose le respect. Il incarne à lui tout seul le trail et son état d'esprit. Il est le trail.
Beaucoup se seraint contentés d'être présents à l'arrivée, mais lui est ici, à 4h du mat', pour nous encourager quand nous passons près de lui.

Le speaker, entre temps nous a présenté les favoris et outsiders du jour, et force est de constater que le plateau est relevé. Ludovic Pommeret, Sébastien Spehler, tous deux membres de l'équipe de France de trail, Yann Curien, Olivier Morin, habitués des podiums et des victoires, Stéphane Deperraz, Daniel Biollaz, François Lachaux, etc, plus d'une dizaine de concurrents dont le niveau est clairement supérieur au mien, plus ceux qui n'ont pas été cités...Il y a du très beau monde ce matin devant le bistrot de la place du gros tilleul !!

4h30, départ !
Je suis parmi les premiers, et tout de suite je prends conscience que les sensations sont là : je reste sans problème, sans essoufflement, avec les 10 premiers, pendant le premier km de plat. Il y a du rebond, de la légèreté, de la souplesse...ouf, ce ne sera pas une journée galère complète.

La première ascension commence. C'est parti pour 700m de D+.
Je laisse partir, évidemment ! Le rythme est trop élevé pour moi, et ce n'est que le hors d'oeuvre : au menu, nous avons ensuite une descente de 700m D-, une nouvelle ascension de 700m, puis une autre de 1000m, puis une immense descente de 1400m, une ascension de 1100m, une descente de 1200m...plus deux ou trois broutilles par ci-par-là...
Alors je ralentis encore, quelques concurrents me doublent, mais j'ai malgré tout un rythme plus que correct. Je passe le sommet en 20è position.

La descente étant devenue un exercice dans lequel je me débrouille maintenant assez bien, je reprends quelques places...17è. Je descend en souplesse, me rassurant par la même occasion.
Le bas est tout de même un peu plus heurté, et je ressens déjà un échauffement sous le pied droit...

Un passage rocailleux avec échelles et cordes, une petite descente dans les bois, avant d'attaquer la deuxième ascension. Et là, je me sens moins bien. Pas très à l'aise, je ne m'affole pas et adopte un rythme plus lent. C'est un petit peu tôt pour un coup de mou. Je m'alimente et fais le dos rond. Quelques concurrents me doublent, à un rythme qui, malgré mon état du moment, me laisse perplexe.
Je passe le sommet en 22è position. Pour la deuxième fois, je ne m'arrête pas au ravitaillement.

Une descente courte, une montée de 200m, de nouveau une petite descente, puis un passage "piste de sanglier" en dévers, où nous nous retrouvons 5 ou 6 parce que le balisage semble avoir été enlevé. Nous sommes tous en plein doute, tellement la piste est peu nette. Aller-retour, nous sommes maintenant une bonne douzaine, avec autant de doutes. Ca commence à faire bien 10 minutes de perdues. Je prends mon téléphone et appelle l'organisation pendant que la plupart continue...Franchement je ne les comprends pas, ils préfèrent prendre le risque de se paumer en pleine cambrousse... Perso je ne cours pas le moindre risque de rajouter des kms, et après quelques explications au téléphone, je poursuis ma route.
Je suis au-delà de la 30è place, mais j'ai perdu combien par rapport aux autres ? 3 minutes ? Ca ne vallait vraiment pas le coup de risquer de se planter !

J'en reprends la plupart dans la descente qui suit, puis encore quelques-un dans le début de l'ascension de 1000m qui commence. Ravitaillement à mi-pente, cette fois-ci je m'arrête 1 minute pour remplir une de mes gourdes...et me faire encourager par Ludovic Pommeret (!!) qui vient d'abandonner. Un des deux favoris vient de jeter l'éponge (comme quoi, ça arrive aussi aux meilleurs).
La fin de l'ascension est très raide, droit dans la pente. Je gagne encore des places grâce à un style beaucoup plus axé sur la force que la souplesse: j'essaie de faire des pas plus longs, moins fréquents, les bâtons aidant à ne pas déraper. Comme quand on met du "braquet" en vélo...18è au sommet !
On est à mi-course (32km).

La descente qui suit est interminable: près de 11km, avec 1400m à descendre, quelques replats de-ci de-là. Je compte dessus pour gagner du temps, mais comme nous sommes maintenant plus espacés, il y a peu de places à gagner. Je commence à avoir bien mal aux pattes, et surtout, mes pieds me font souffrir et m'empêchent de descendre aussi vite que je le voudrais. Je ne traverse plus les ruisseaux en passant sur les cailloux mais en mettant bien les pieds dans l'eau pour refroidir tout ça...c'est sûrement un bien pour un mal, mais au-moins, à court terme ça soulage. Je reprends une place, puis une deuxième en arrivant tout en bas, au lac bleu à Morillon. 16è.

Nouvel arrêt express au ravitaillement, et c'est reparti pour 1100m D+, jusqu'au sommet de La Bourgeoise, au dessus du col de Jouplane. Mon acolyte du moment part devant...1100m c'est long.
Il a un coup de mou à mi-pente, je le re-double et l'encourage, lui conseillant de s'alimenter. Vu le masque de fatigue qu'il a sur le visage, je me dis qu'il va finir difficilement... et comme je n'ai pas envie de faire comme lui, je m'alimente aussi, tant que j'y suis.
D'ailleurs, il faut que je trouve autre chose à manger que ce miel qui m'écoeure trop rapidement, que mon estomac n'aime pas trop et que je restitue soudainement aux buissons et aux petits animaux du coin...

Sommet de la Bourgeoise...Toujours 16è.
J'y retrouve François Lachaux, qui n'est pas au mieux. Encore une pointure qui cale...Je décide de perdre quelques minutes pour remettre de la crème sous les pieds, car le profil est maintenant globalement descendant (-1200m), et s'il n'y a plus grand'chose à gagner, il y a à perdre...
Surtout que le sommet en aller-retour est l'occasion de me rendre compte qu'après mon arrêt, j'ai au-moins 7 ou 8 concurrents sur les talons, à 5-6 minutes.

Je compte sur ma façon de descendre pour compenser le fait que mes pieds sont vraiment très douloureux, et sur ma capacité à mettre encore un peu de braquet dans les 4 ou 5 remontées. C'est d'ailleurs ce qui se passe, puisque personne ne me reprendra jusqu'à l'arrivée. Je vais même récupérer un dernier concurrent qui lui, marche carrément en descente.

Il est temps que ça se termine, en tout cas la descente, qui m'est de plus en plus pénible. Pour les pieds d'abord, mais par voie de conséquence pour un de mes genoux aussi, maintenant.
Et l'alimentation qui ne passe plus me met en situation physique "précaire".
Ca y est, l'entrée de Samoens est là, il reste quelques dizaines de mètres pour rallier l'arrivée...que je crois être au même endroit que le départ, puisque la remise des prix est sensée y avoir lieu aussi...
Tiens, le balisage continue, il n'y a pas de ligne d'arrivée...et des gens à la terrasse du bistrot...pas vraiment dans une ambiance d'arrivée...
Bah, ça ne doit pas être bien loin, sûrement de l'autre côté du bistrot...
Ah non...
Encore un carrefour...une halle couverte...c'est là !...Non c'est toujours pas là...Aarrghhh
Ah ben là on a l'air de ressortir de Samoens...je suis parti sur un autre parcours ou quoi ??
Non, on m'encourage : "Allez, plus que 2 km !!"
Rognnnntudjjjjj...
Au moins, c'est plat et goudronné, ça ne fait pas trop mal aux pieds.
Je peux courir, et comme je ne sais pas où en est la concurrence derrière, je maintiens un un bon 13 à l'heure, même si c'est pénible pour mes poumons, mes jambes, mes bras, mon dos...pénible tout court en fait.
Ca y est ! la ligne d'arrivée ! Dans le parc à la sortie opposée de Samoens ! Yes !
14è !
Frais comme un gardon !!
Mouais...décomposé comme un vieux merlan pêché depuis 3 jours.

Et maintenant, il faut que je me coltine les 2 km dans l'autre sens, tout en démarche texane...tout là-bas, il y a ma voiture !

Nico







lundi 11 mai 2015

Les aventuriers du Bout de Drôme

111km, 5100m D+

Vincent a terminé à une jolie 13è place, en 17h25. En revanche, je suis désolé pour ceux qui ont suivi un peu le live, mais mon nom a cessé d'apparaître dans les classements à partir du ravitaillement du 82è km, d'une épreuve splendide, bien tracée, organisée de main de maître, dans une ambiance incroyable. Un modèle du genre.

Depuis l'ultra des Cévennes (début Mars), Vincent et moi avons eu des plannings d'entrainement bien différents.
Vincent est resté sur une condition physique similaire, avec toutefois les acquis de l'épreuve précédente.
En revanche, j'ai clairement franchi un palier, avec davantage d'entrainements et des nuits facilitée encore une fois par Julie. Je suis dans une excellente forme, et je m'étonne à chaque sortie de la rapidité de ma récupération.

Nous avons donc prévu de débuter ensemble, et il semble logique que je me détache au bout de 25 ou 30km, mon rythme de base étant en ce moment plus élevé. Vincent verra comment sa fraicheur le fera terminer. De mon côté, il semble pertinent qu'une bonne place m'attende à l'arrivée. En tout cas, à condition de ne pas partir trop vite, je ne vois pas ce qui pourrait m'empêcher de terminer.

Le départ est donné à 3h du matin, la météo s'annonce ensoleillée, pas trop chaude (max 25°C).
Feu d'artifice tiré de la tour de Crest à notre passage (!!).
Nous sommes partis très prudemment, tellement que nous suivons des concurrents vraiment trop lents. La torpeur qui me gagne de manière insidieuse me conduit à oublier de lever la jambe pour passer par dessus un caillou...il est 3h20, et me voila étalé de tout mon long. 
Au moins ça réveille, me fait remarquer Vincent, plein de bon sens aussi tôt dans la journée.
Pas de gros bobo, mais quand même un bon choc au genou dont la douleur me tiendra compagnie toute la journée.

Au bout de quelques km, Vincent me conseille de partir devant, car il est clair que je suis plus rapide.
Je me retrouve donc sans lui beaucoup plus tôt que prévu. Je suis tout de même tracassé par le fait que je n'ai pas du tout la légèreté des dernières semaines. Pire que cela, j'ai même les jambes lourdes dans les montées.

Nous avons convenu d'un code: le deuxième passe un coup de téléphone au premier quand il repart d'un ravitaillement. Sans avoir besoin de répondre, le premier connaît alors l'écart et ajuste en fonction: soit il continue, soit il attend.
Au km 15, je suis reparti du ravitaillement depuis presque 4 minutes quand mon téléphone sonne. C'est suffisant pour que je continue, mais de toute façon je me rends bien compte que je vais devoir gérer dès maintenant. On verra sur la distance parce que les choses peuvent changer, mais je n'ai pas les jambes auxquelles je m'attendais.

Ravitaillement du km 25: je suis arrêté depuis 4 minutes, et m'apprête à repartir quand je vois arriver Vincent. L'écart est donc le même, j'attends.

Et nous voila repartis de concert. Ravitaillement du km 35, j'ai l'impression d'aller mieux, impression confirmée jusqu'au check point du km 48, puis jusqu'au ravitaillement du km 67. Je reste avec Vincent, mais il est visible que je suis plus rapide. J'ai retrouvé mes jambes.

Changement de sac au km 67. Nous avons le plein de nourriture et de boisson énergétique. Connaissant ma tendance à être toujours un peu juste en terme de quantité, j'ingurgite pendant la pause 250 mL d'un bidon de miel additionné d'un peu d'eau (pour que ce soit assez liquide).
Passage (obligatoire) par le contrôle médical, tout est ok pour tous les deux. Je suis prêt rapidement, j'attends Vincent, et nous voila repartis.
Nous sentons bien évidemment la fatigue (normal au bout de 67km), mais tout va bien. Il est midi, nous avons mis 9h pile pour arriver là, ce qui, tout compte fait, est très correct.

Nous avons maintenant une très longue partie montante devant nous : 18 km avec près de 1600m de dénivelée jusqu'au sommet des "3 becs", avec relativement peu de descente.
Les 26 derniers km seront ensuite globalement descendants, avec peu de montées.

Seulement voila, au bout de 5 minutes, 15 marches pour monter sur un pont vont ruiner tous mes espoirs: mon souffle s'emballe, mes cuisses me brûlent. La montée qui s'ensuit m'est très pénible, le petit replat qui vient ensuite l'est encore plus. Le souffle ne se calme pas, les jambes sont de plomb, j'y voit même tourner et je trébuche dès qu'un caillou dépasse un peu trop. Je tombe et me fais mal au coccys, je me tord une fois chaque cheville.
Sur le coup, je ne comprends vraiment pas ce qui m'arrive...une défaillance énorme, étonnante, d'autant plus que je vient juste de m'alimenter beaucoup !!
A posteriori, je pense que cette grosse quantité de miel avalée au ravitaillement, pour bien faire, m'a conduit à une hypoglycémie réactionnelle d'autant plus carabinée. Malgré la prise régulière du reste de l'alimentation et de la boisson énergétique.

Je dis à Vincent d'y aller. Il m'encourage, et je me remets à y croire un peu. Je vais prendre mon temps, ce vilain moment va finir par passer.

Mais rien ne se calme, au contraire. J'ai maintenant l'estomac et les intestins complètement retournés. Je vous fais grâce des détails, mais en gros tout passe dans un seul sens...pas le bon.
Je suis à bout de forces en quelques km, le soleil cogne mais j'ai froid.
Je rallie péniblement le ravitaillement du km 82, au bout de 4h de galère.
Seuls 2 concurrents m'ont dépassé. Assis sur un muret au soleil avec la même tranche de jambon pendant 20 minutes, j'en vois passer d'autres maintenant. Tous m'encouragent.

Il reste un bon raidard de 500m de D+ avant les 26 derniers km descendants, je prendrai mon temps.
Je n'ai pas réussi à me ré-alimenter beaucoup, mais j'ai de quoi faire sur moi, alors je prends mon courage à deux mains, je repars.
Je fais 200 m sur le petit replat qui suit le ravitaillement...et je fais demi-tour, il est 16h30.
Cette fois-ci, j'enlève mon dossard, j'ai mon compte. Plus envie, encore moins envie d'arriver de nuit dans un état lamentable..et pas certain de ne pas faire un malaise au sommet des 3 becs.

Je me fais rapatrier par une voiture, pendant que Vincent termine sur un profil final descendant, dans lequel il retrouve des sensations qui lui permettent de gagner quelques places (13è).

Belle performance pour l'un, belle déception pour l'autre...
Il y aura des jours meilleurs !

Nico