dimanche 20 septembre 2015

Ecotrail de Sommand 2015

Sommand-Praz de Lys, 20/09/2015
50km, 3600m D+ (et 3600 m D-)

Comment vais-je bien pouvoir gérer ce trail ?
Je reste sur des performances qui vont crescendo, mon corps semble maintenant être mieux accoutumé à ce sport, Julie m'a permis de passer encore une fois les 4 ou 5 dernières nuits en bas, donc je dois être relativement reposé. Je suis en confiance, il semblerait alors que je puisse commencer à prendre plus de risques dans la gestion de la course.

D'un autre côté, une désillusion serait mal venue pour cette bien fragile confiance.

Au départ à 7h du mat', mon choix n'est toujours pas fait. Certes, une tendance se dégage, mais j'attends je ne sais quelle information complémentaire qui ne viendra pas.

J'ai laissé les bâtons dans le coffre. Ils permettent de soulager les jambes, mais j'ai remarqué qu'ils nuisaient à mon style en montée, davantage basé sur la force des cuisses: lorsque je les ai, je me repose (évidemment) dessus et je dégage moins de puissance avec les jambes. Il me reste donc tout un stock de quadriceps à la fin de la course, que je trouve dommage de ne pas avoir utilisé. Par ailleurs, les bâtons me contractent le haut du corps et font monter le coeur plus haut en pulsations.
Pour un 100km, l'effet économie l'emporte, mais pour un "simple" 50km, même avec 3600m de dénivelée, j'ai suffisamment confiance dans mes cuisses...

Il fait beau, et 4°C au départ (environ 1500m d'altitude), alors pour me réchauffer, je pars trotter sur le grand terre-plein qui mène aux remontées mécanique. Un aller, demi-tour, et je me retrouve, pour le retour, ébloui par un projecteur. Je n'y vois pas grand'chose, mais bon, sur un parking vide, quel est le risque ?
Le risque, il est de se payer un plot en béton !!!
Il ya 2 plots en bétons sur les 50m de large de ce foutu parking !!!
Le départ n'a pas encore été donné, et j'ai le tibia en sang...je ne pense pas me vider de mes globules rouges, mais par contre, ça fait un mal de chien et je boîte !
Je n'aurai qu'un mot (poli) : Bravo !
En moins poli...c'est beaucoup plus disert et imagé.

La douleur passe (ouf) et...voila soudain l'information complémentaire que j'attendais: il fait 4°C, je suis en manches courtes, et je n'ai pas froid...j'ai à maintes reprises constaté qu'un tel cas de figure m'autorisait à penser que j'étais potentiellement dans un bon jour !
La stratégie est maintenant arrêtée.

Départ, je me positionne dans les 20 premières places, et je monte à un rythme assez rapide la première ascension qui commence au bout de 150 ou 200m.
Sensations bizarres...je ne me sens pas si à l'aise que ça, j'ai l'impression de ne pas être rapide, mais en fait c'est le rythme des premiers, qui est très élevé, qui fausse ma perception.
Descente technique et glissante (il a plu beaucoup ces jours derniers, jusque dans la nuit), mes pieds sont malhabiles, je fais quelques glissades intempestives, mais la situation s'arrange plus bas. Je suis 18-19è tout en bas, bien que j'y sois en 1h15 seulement.

Je gère de la même manière les 10km suivants, pourtant casse-pattes et parfaits pour déglinguer des jambes pour le reste d'une course...La prise de risque se poursuit, j'espère que je n'en fais pas trop.

Pas d'arrêt au ravitaillement de Praz-de-Lys, ni à celui de Sommand au km 20.
Dans la montée sur le col de Chavannais, je subis le contre-coup de ces efforts...je perds quelques places, parce que je monte vraiment lentement. Je me sens fatigué, et d'autant plus inquiet...

Mais je descend encore correctement, et monte la principale difficulté, la pointe de Chalune, relativement bien, en puissance.
Finalement, le coup de mou est passé, et je fais de nouveau une belle descente. Une place reprise par-ci, une par-là...
Ravitaillement du 35èkm...arrêt 30 secondes pour remplir une de mes gourdes.

Montée sur les chalets d'Uble, un concurrent repris s'accroche, et me repasse même devant, d'une dizaine de mètres. La descente est technique, et j'ai retrouvé une bonne souplesse, qui me permet d'anéantir ses espoirs.

Il n'est pas si loin dans la montée suivante sur Praz-de-Lys, mais ne revient pas, ses efforts précédents lui restant sûrement en travers des jambes. J'enfonce le clou dans la descente suivante et en ne m'arrêtant pas au dernier ravitaillement: un petit verre ne m'aurait pas déplu, mais je ne veux pas qu'il revienne au contact.

Il reste 4 km. Dernière montée, moins raide...Mais que vois-je tout là-bas devant ? Un short bleu, qui m'avait lâché en début de course !

J'ai tôt fait de calculer l'écart, il est quand même de près de 3 minutes ! La chasse, c'est bien, mais là, je risque d'être un peu court...Beau challenge, ça se tente !
Le gibier a dû sentir qu'il était traqué, car il se retourne et me voit. Comme ça, il ne sera pas pris au dépourvu, c'est une chasse à vue.
Il essaie de relancer en courant, mais repasse rapidement à la marche. Puis court. Puis marche...
C'est fait, le prédateur a senti l'odeur de la "peur"...la proie est condamnée.
Je passe en mode désossage, et je fais l'intégralité du reste de l'ascension en courant.

Je finis de combler les 3 minutes 50m après le sommet.
Quand un fauve a mis une proie à terre, il a tout intérêt à l'achever rapidement...ce que je fais en le doublant avec un maximum d'écart de vitesse, histoire d'ôter en lui tout espoir de s'accrocher.

Je finis en boulet de canon, finalement à la 13è place, avec un temps de 6h54, sous les 7 heures. J'améliore mes temps de l'an dernier et d'il y a 2 ans de plus de 30 minutes !

Peu importe le classement, c'est ce temps qui me ravit, ainsi que les conditions pour le décrocher ! Enfin un trail, peut-être pas idéal, mais vraiment couru de bout en bout (à part un coup de mou).
Enfin j'ai pu faire appel à toutes mes forces sans être limité par la câblerie, articulations, peau des pieds.
Bref, enfin un trail "plein" !

Nico

lundi 17 août 2015

Trail des Hauts Forts

Morzine - 16 Août 2015 - 43km - 3200m D+

Les chaleurs du mois de Juillet, associées à la fatigue générée par le trail de Samoens, m'ont fait passer une période difficile. Heureusement, la température a baissé, et ma forme est acsendante. Chaque sortie, à vélo ou à pieds, me voit retrouver des sensations meilleures.
Pour la première fois depuis un bon moment, je me sens même léger pendant les 3 entrainements passés dans la caillasse de Chamrousse.
Par contre, j'espère que ces 3 séances de mardi, mercredi et jeudi, ne vont pas peser dans mes jambes pour la course de dimanche !

Bonne nouvelle pour moi au départ, il fait moins de 10°C, et les températures ne sont pas sensées monter beaucoup ! Il pleut à seaux. Pluie, brouillard, froid...Ca me va !
J'ai calculé ce dont j'aurai besoin en ravitaillement solide et liquide, et ai fait en sorte d'être complètement autonome. J'aurai un sac un peu lourd au début (encore que je n'ai pas rempli les poches à eau complètement), mais je prémédite de ne m'arrêter à aucun ravitaillement.

Le départ est donné au centre de Morzine, et la première ascension, de 600m D+, commence tout de suite. Le rythme est infernal ! Je me retrouve illlico 16 ou 17è, en étant pourtant parti un peu vite et en ayant (ouf) des bonnes jambes !
Je passe le sommet en 16è place, et reste 16è après la descente rapide et peu technique.
Pas d'arrêt au ravitaillement.

S'ensuit une partie de plusieurs km en faux-plat montant, idéale pour laisser des plumes. Je me limite donc à un rythme assez lent, il y a peu à gagner (à condition de courir, quand même).
Et ça m'arrange, parce que comme à Samoens, je subis le contre-coup de la première montée-descente. Je ne suis pas à l'aise, et me demande si le départ un peu rapide ne va pas m'être préjudiciable pour le reste de l'épreuve.
Les autres concurrents mettent plus de braquet que moi, et je me fais doubler...que dis-je, enrhumer, par plus de 10 trailers, me retrouvant 28è !

Je reconnais parmi eux Luca Papi, 5è cette année de l'ultra du bout de Drôme, vainqueur de la Montagn'hard, donc une sacrée pointure. Il est réputé partir lentement, puis remonter ensuite inexorablement. En voila donc un que je ne reverrai pas avant l'arrivée !
En me doublant, me voyant plus lent que tout le monde, il me chambre: "C'est fini l'échauffement, maintenant !"
Sa remarque, amicale et certainement pas moqueuse, me fait sourire un peu. A un autre j'aurais répondu que la course, elle, n'était pas finie, mais ne me sentant pas bien, je n'en suis pas si sûr, et puis, à un cador comme ça, on répond "oui, Monsieur" ou on se tait.

Une deuxième ascension de 600m, suivie d'une descente peu raide et peu technique, et j'arrive au ravitaillement du km 19, qui précède la difficulté principale du jour, une ascension de 1000m. Comme prévu, je ne m'arrête pas au ravitaillement, ce qui me permet de doubler quelques concurrents "dans les stands". C'est bien ce qui me semblait, le long faux-plat n'a pas permis de creuser des écarts considérables...et pour la fatigue, c'est à partir de maintenant qu'on va compter les points.

Je monte correctement, le coup de mou semble être passé. Non seulement je ne reperds plus de place, mais j'en regagne 2. Je dois être revenu aux environs de la 20è place quand commence la descente.

Qu'est-ce qu'on se sent bien avec un peu de fraicheur et d'humidité !

Celle-là, je l'avais repérée sur le profil, prévoyant de l'aborder relativement frais: elle est très très longue, pas très raide, donc il est possible de faire des écarts par rapports à des concurrents émoussés. A ce que je vois, les organismes sont déjà atteints, et j'espère que ma gestion de ce fameux faux-plat va me donner un avantage sur la fraicheur...
J'ai habituellement un peu de mal aux changements de rythme, c'est-à-dire aux débuts des montées et au début des descentes. Celle-là ne fait pas exception, et les premières minutes sont un peu laborieuses.
Mais, ces quelques minutes écoulées, un déclic, presque soudainement.
Je me sens léger, incroyablement souple sur mes jambes, mes pieds sont d'une agilité diabolique. Des sensations extraordinaires que je ne me rappelle pas avoir connu en trail.
Je n'ai aucune douleur nulle part, mes pieds se posent où il faut, comme il faut, j'ai l'impression de voltiger au-dessus des cailloux.
A ce rythme, je reprends 5 ou 6 concurrents dans cette seule descente.

En bas le dernier ravitaillement avant l'ultime ascension vers l'arrivée à Avoriaz (650m D+)...Je ne m'arrête pas et double un autre concurrent, qui lui, repart.
Comme d'hab', les premières minutes sont un peu difficiles, ce qui est bien normal cette fois-ci, vu la descente que je viens de faire.
Il reste au contact, mais mes sensations reviennent (très honnêtement, j'ai bien mal aux pattes) et je me mets en mode "course de côte" avec l'énergie qui me reste.
Je fais une super montée, revenant à quelques secondes seulement de Didier Chaffard, qui avait terminé près d'1 heure devant moi à Samoens !

Mr Luca Papi n'a passé la ligne que depuis 5 minutes !
Nous discutons un moment près de l'arrivée...Personnage incroyable de simplicité et d'humilité, lui qui fait un trail par semaine, celui-ci étant le plus court de sa saison !!!

Je suis annoncé 11è par le speaker, mais je suis en réalité 13è, en 5h25. C'est la bonne surprise de ce trail !

Mauvaise surprise: bien qu'ayant été annoncé, interviewé, mon temps n'est pas comptabilisé et je n'apparait pas pour l'instant dans le classement...régularisation à venir, j'espère.

Une mauvaise surprise pour le repas, qui n'est pas compris...Il fallait payer plus cher à l'inscription. C'est la première fois que je vois cela, donc j'ai raté ce détail au moment de m'inscrire...
Le repas est dans un restaurant d'Avoriaz, et je comprends que le restaurateur ne soit pas philanthrope, mais j'ai déjà vu souvent un arrangement gagnant-gagnant évident avec l'organisateur : quitte à augmenter le tarif d'inscription de 2 ou 3 euros, les participants ne paient pas le repas, sachant qu'ils amènent des couverts supplémentaires via leur famille, leurs accompagnateurs...

Nous sommes une table de 8, dont seulement 3 participants. Le restaurateur (restaurant La Falaise) y gagne donc 5 repas, mais refuse toute concession pour une simple assiette de pâtes pour moi...alors je reste le ventre vide ! Je trouve ça mesquin.
Je viens de retourner sur le site web d'inscription, le surcoût pour le repas participant était de 12€ !! 12€ pour des pâtes après un trail !!! Je suis furieux !
Suis-je bête ! L'organisateur est l'office du tourisme...Je comprends mieux son arrangement avec le restaurateur !!! C'est plutôt une combine, la vache à lait étant le traileur ! Je suis vraiment furieux !
En terre de tourisme, quand il y a un petit profit en vue, on préfère mettre toute convivialité de côté !

Je n'y remettrai pas les pieds, et j'espère ne pas être le seul !

Nicolas
















mardi 23 juin 2015

Samoens Trail Tour 2015

Samoens, 21 Juin 2015
65 km, 4600 m D+

Cette fois-ci, Vincent ne sera pas là, préférant aller faire un peu de trail avec l'armée au Tchad. Il va donc falloir que j'assure pour qu'il y ait un Jandard à l'arrivée.
Je sais que mon niveau physique actuel est bon, mais je sais aussi que ma forme du jour est fluctuante:
d'un entrainement sur l'autre je n'ai pas du tout les mêmes sensations, alternant souplesse et jambes lourdes. Julie a beau y mettre beaucoup du sien en me permettant de passer de nouveau quelques nuits complètes dans la chambre du bas, il n'y a pas assez de constance à moyen et long terme dans la récupération nocturne pour avoir une condition stable et optimale.
Compte tenu de la difficulté de cette épreuve (4600m de dénivelée positive et négative), si je suis dans un "bon" jour il me faudra beaucoup gérer, les fatigues accumulées les semaines passées ressortiront dans la deuxième moitié de course. Dans le cas contraire, ce sera l'horreur...
Du côté de la sérénité, on a vu mieux.

4h du mat', centre de Samoens. Le parrain de cette épreuve, la légende vivante du trail Dawa Sherpa, est présent à côté du sas de départ. Je suis admiratif envers ce fabuleux champion, qui a toujours brillé, par ses performances bien sûr, mais aussi par ses qualités humaines. Son humilité, entre autres, impose le respect. Il incarne à lui tout seul le trail et son état d'esprit. Il est le trail.
Beaucoup se seraint contentés d'être présents à l'arrivée, mais lui est ici, à 4h du mat', pour nous encourager quand nous passons près de lui.

Le speaker, entre temps nous a présenté les favoris et outsiders du jour, et force est de constater que le plateau est relevé. Ludovic Pommeret, Sébastien Spehler, tous deux membres de l'équipe de France de trail, Yann Curien, Olivier Morin, habitués des podiums et des victoires, Stéphane Deperraz, Daniel Biollaz, François Lachaux, etc, plus d'une dizaine de concurrents dont le niveau est clairement supérieur au mien, plus ceux qui n'ont pas été cités...Il y a du très beau monde ce matin devant le bistrot de la place du gros tilleul !!

4h30, départ !
Je suis parmi les premiers, et tout de suite je prends conscience que les sensations sont là : je reste sans problème, sans essoufflement, avec les 10 premiers, pendant le premier km de plat. Il y a du rebond, de la légèreté, de la souplesse...ouf, ce ne sera pas une journée galère complète.

La première ascension commence. C'est parti pour 700m de D+.
Je laisse partir, évidemment ! Le rythme est trop élevé pour moi, et ce n'est que le hors d'oeuvre : au menu, nous avons ensuite une descente de 700m D-, une nouvelle ascension de 700m, puis une autre de 1000m, puis une immense descente de 1400m, une ascension de 1100m, une descente de 1200m...plus deux ou trois broutilles par ci-par-là...
Alors je ralentis encore, quelques concurrents me doublent, mais j'ai malgré tout un rythme plus que correct. Je passe le sommet en 20è position.

La descente étant devenue un exercice dans lequel je me débrouille maintenant assez bien, je reprends quelques places...17è. Je descend en souplesse, me rassurant par la même occasion.
Le bas est tout de même un peu plus heurté, et je ressens déjà un échauffement sous le pied droit...

Un passage rocailleux avec échelles et cordes, une petite descente dans les bois, avant d'attaquer la deuxième ascension. Et là, je me sens moins bien. Pas très à l'aise, je ne m'affole pas et adopte un rythme plus lent. C'est un petit peu tôt pour un coup de mou. Je m'alimente et fais le dos rond. Quelques concurrents me doublent, à un rythme qui, malgré mon état du moment, me laisse perplexe.
Je passe le sommet en 22è position. Pour la deuxième fois, je ne m'arrête pas au ravitaillement.

Une descente courte, une montée de 200m, de nouveau une petite descente, puis un passage "piste de sanglier" en dévers, où nous nous retrouvons 5 ou 6 parce que le balisage semble avoir été enlevé. Nous sommes tous en plein doute, tellement la piste est peu nette. Aller-retour, nous sommes maintenant une bonne douzaine, avec autant de doutes. Ca commence à faire bien 10 minutes de perdues. Je prends mon téléphone et appelle l'organisation pendant que la plupart continue...Franchement je ne les comprends pas, ils préfèrent prendre le risque de se paumer en pleine cambrousse... Perso je ne cours pas le moindre risque de rajouter des kms, et après quelques explications au téléphone, je poursuis ma route.
Je suis au-delà de la 30è place, mais j'ai perdu combien par rapport aux autres ? 3 minutes ? Ca ne vallait vraiment pas le coup de risquer de se planter !

J'en reprends la plupart dans la descente qui suit, puis encore quelques-un dans le début de l'ascension de 1000m qui commence. Ravitaillement à mi-pente, cette fois-ci je m'arrête 1 minute pour remplir une de mes gourdes...et me faire encourager par Ludovic Pommeret (!!) qui vient d'abandonner. Un des deux favoris vient de jeter l'éponge (comme quoi, ça arrive aussi aux meilleurs).
La fin de l'ascension est très raide, droit dans la pente. Je gagne encore des places grâce à un style beaucoup plus axé sur la force que la souplesse: j'essaie de faire des pas plus longs, moins fréquents, les bâtons aidant à ne pas déraper. Comme quand on met du "braquet" en vélo...18è au sommet !
On est à mi-course (32km).

La descente qui suit est interminable: près de 11km, avec 1400m à descendre, quelques replats de-ci de-là. Je compte dessus pour gagner du temps, mais comme nous sommes maintenant plus espacés, il y a peu de places à gagner. Je commence à avoir bien mal aux pattes, et surtout, mes pieds me font souffrir et m'empêchent de descendre aussi vite que je le voudrais. Je ne traverse plus les ruisseaux en passant sur les cailloux mais en mettant bien les pieds dans l'eau pour refroidir tout ça...c'est sûrement un bien pour un mal, mais au-moins, à court terme ça soulage. Je reprends une place, puis une deuxième en arrivant tout en bas, au lac bleu à Morillon. 16è.

Nouvel arrêt express au ravitaillement, et c'est reparti pour 1100m D+, jusqu'au sommet de La Bourgeoise, au dessus du col de Jouplane. Mon acolyte du moment part devant...1100m c'est long.
Il a un coup de mou à mi-pente, je le re-double et l'encourage, lui conseillant de s'alimenter. Vu le masque de fatigue qu'il a sur le visage, je me dis qu'il va finir difficilement... et comme je n'ai pas envie de faire comme lui, je m'alimente aussi, tant que j'y suis.
D'ailleurs, il faut que je trouve autre chose à manger que ce miel qui m'écoeure trop rapidement, que mon estomac n'aime pas trop et que je restitue soudainement aux buissons et aux petits animaux du coin...

Sommet de la Bourgeoise...Toujours 16è.
J'y retrouve François Lachaux, qui n'est pas au mieux. Encore une pointure qui cale...Je décide de perdre quelques minutes pour remettre de la crème sous les pieds, car le profil est maintenant globalement descendant (-1200m), et s'il n'y a plus grand'chose à gagner, il y a à perdre...
Surtout que le sommet en aller-retour est l'occasion de me rendre compte qu'après mon arrêt, j'ai au-moins 7 ou 8 concurrents sur les talons, à 5-6 minutes.

Je compte sur ma façon de descendre pour compenser le fait que mes pieds sont vraiment très douloureux, et sur ma capacité à mettre encore un peu de braquet dans les 4 ou 5 remontées. C'est d'ailleurs ce qui se passe, puisque personne ne me reprendra jusqu'à l'arrivée. Je vais même récupérer un dernier concurrent qui lui, marche carrément en descente.

Il est temps que ça se termine, en tout cas la descente, qui m'est de plus en plus pénible. Pour les pieds d'abord, mais par voie de conséquence pour un de mes genoux aussi, maintenant.
Et l'alimentation qui ne passe plus me met en situation physique "précaire".
Ca y est, l'entrée de Samoens est là, il reste quelques dizaines de mètres pour rallier l'arrivée...que je crois être au même endroit que le départ, puisque la remise des prix est sensée y avoir lieu aussi...
Tiens, le balisage continue, il n'y a pas de ligne d'arrivée...et des gens à la terrasse du bistrot...pas vraiment dans une ambiance d'arrivée...
Bah, ça ne doit pas être bien loin, sûrement de l'autre côté du bistrot...
Ah non...
Encore un carrefour...une halle couverte...c'est là !...Non c'est toujours pas là...Aarrghhh
Ah ben là on a l'air de ressortir de Samoens...je suis parti sur un autre parcours ou quoi ??
Non, on m'encourage : "Allez, plus que 2 km !!"
Rognnnntudjjjjj...
Au moins, c'est plat et goudronné, ça ne fait pas trop mal aux pieds.
Je peux courir, et comme je ne sais pas où en est la concurrence derrière, je maintiens un un bon 13 à l'heure, même si c'est pénible pour mes poumons, mes jambes, mes bras, mon dos...pénible tout court en fait.
Ca y est ! la ligne d'arrivée ! Dans le parc à la sortie opposée de Samoens ! Yes !
14è !
Frais comme un gardon !!
Mouais...décomposé comme un vieux merlan pêché depuis 3 jours.

Et maintenant, il faut que je me coltine les 2 km dans l'autre sens, tout en démarche texane...tout là-bas, il y a ma voiture !

Nico







lundi 11 mai 2015

Les aventuriers du Bout de Drôme

111km, 5100m D+

Vincent a terminé à une jolie 13è place, en 17h25. En revanche, je suis désolé pour ceux qui ont suivi un peu le live, mais mon nom a cessé d'apparaître dans les classements à partir du ravitaillement du 82è km, d'une épreuve splendide, bien tracée, organisée de main de maître, dans une ambiance incroyable. Un modèle du genre.

Depuis l'ultra des Cévennes (début Mars), Vincent et moi avons eu des plannings d'entrainement bien différents.
Vincent est resté sur une condition physique similaire, avec toutefois les acquis de l'épreuve précédente.
En revanche, j'ai clairement franchi un palier, avec davantage d'entrainements et des nuits facilitée encore une fois par Julie. Je suis dans une excellente forme, et je m'étonne à chaque sortie de la rapidité de ma récupération.

Nous avons donc prévu de débuter ensemble, et il semble logique que je me détache au bout de 25 ou 30km, mon rythme de base étant en ce moment plus élevé. Vincent verra comment sa fraicheur le fera terminer. De mon côté, il semble pertinent qu'une bonne place m'attende à l'arrivée. En tout cas, à condition de ne pas partir trop vite, je ne vois pas ce qui pourrait m'empêcher de terminer.

Le départ est donné à 3h du matin, la météo s'annonce ensoleillée, pas trop chaude (max 25°C).
Feu d'artifice tiré de la tour de Crest à notre passage (!!).
Nous sommes partis très prudemment, tellement que nous suivons des concurrents vraiment trop lents. La torpeur qui me gagne de manière insidieuse me conduit à oublier de lever la jambe pour passer par dessus un caillou...il est 3h20, et me voila étalé de tout mon long. 
Au moins ça réveille, me fait remarquer Vincent, plein de bon sens aussi tôt dans la journée.
Pas de gros bobo, mais quand même un bon choc au genou dont la douleur me tiendra compagnie toute la journée.

Au bout de quelques km, Vincent me conseille de partir devant, car il est clair que je suis plus rapide.
Je me retrouve donc sans lui beaucoup plus tôt que prévu. Je suis tout de même tracassé par le fait que je n'ai pas du tout la légèreté des dernières semaines. Pire que cela, j'ai même les jambes lourdes dans les montées.

Nous avons convenu d'un code: le deuxième passe un coup de téléphone au premier quand il repart d'un ravitaillement. Sans avoir besoin de répondre, le premier connaît alors l'écart et ajuste en fonction: soit il continue, soit il attend.
Au km 15, je suis reparti du ravitaillement depuis presque 4 minutes quand mon téléphone sonne. C'est suffisant pour que je continue, mais de toute façon je me rends bien compte que je vais devoir gérer dès maintenant. On verra sur la distance parce que les choses peuvent changer, mais je n'ai pas les jambes auxquelles je m'attendais.

Ravitaillement du km 25: je suis arrêté depuis 4 minutes, et m'apprête à repartir quand je vois arriver Vincent. L'écart est donc le même, j'attends.

Et nous voila repartis de concert. Ravitaillement du km 35, j'ai l'impression d'aller mieux, impression confirmée jusqu'au check point du km 48, puis jusqu'au ravitaillement du km 67. Je reste avec Vincent, mais il est visible que je suis plus rapide. J'ai retrouvé mes jambes.

Changement de sac au km 67. Nous avons le plein de nourriture et de boisson énergétique. Connaissant ma tendance à être toujours un peu juste en terme de quantité, j'ingurgite pendant la pause 250 mL d'un bidon de miel additionné d'un peu d'eau (pour que ce soit assez liquide).
Passage (obligatoire) par le contrôle médical, tout est ok pour tous les deux. Je suis prêt rapidement, j'attends Vincent, et nous voila repartis.
Nous sentons bien évidemment la fatigue (normal au bout de 67km), mais tout va bien. Il est midi, nous avons mis 9h pile pour arriver là, ce qui, tout compte fait, est très correct.

Nous avons maintenant une très longue partie montante devant nous : 18 km avec près de 1600m de dénivelée jusqu'au sommet des "3 becs", avec relativement peu de descente.
Les 26 derniers km seront ensuite globalement descendants, avec peu de montées.

Seulement voila, au bout de 5 minutes, 15 marches pour monter sur un pont vont ruiner tous mes espoirs: mon souffle s'emballe, mes cuisses me brûlent. La montée qui s'ensuit m'est très pénible, le petit replat qui vient ensuite l'est encore plus. Le souffle ne se calme pas, les jambes sont de plomb, j'y voit même tourner et je trébuche dès qu'un caillou dépasse un peu trop. Je tombe et me fais mal au coccys, je me tord une fois chaque cheville.
Sur le coup, je ne comprends vraiment pas ce qui m'arrive...une défaillance énorme, étonnante, d'autant plus que je vient juste de m'alimenter beaucoup !!
A posteriori, je pense que cette grosse quantité de miel avalée au ravitaillement, pour bien faire, m'a conduit à une hypoglycémie réactionnelle d'autant plus carabinée. Malgré la prise régulière du reste de l'alimentation et de la boisson énergétique.

Je dis à Vincent d'y aller. Il m'encourage, et je me remets à y croire un peu. Je vais prendre mon temps, ce vilain moment va finir par passer.

Mais rien ne se calme, au contraire. J'ai maintenant l'estomac et les intestins complètement retournés. Je vous fais grâce des détails, mais en gros tout passe dans un seul sens...pas le bon.
Je suis à bout de forces en quelques km, le soleil cogne mais j'ai froid.
Je rallie péniblement le ravitaillement du km 82, au bout de 4h de galère.
Seuls 2 concurrents m'ont dépassé. Assis sur un muret au soleil avec la même tranche de jambon pendant 20 minutes, j'en vois passer d'autres maintenant. Tous m'encouragent.

Il reste un bon raidard de 500m de D+ avant les 26 derniers km descendants, je prendrai mon temps.
Je n'ai pas réussi à me ré-alimenter beaucoup, mais j'ai de quoi faire sur moi, alors je prends mon courage à deux mains, je repars.
Je fais 200 m sur le petit replat qui suit le ravitaillement...et je fais demi-tour, il est 16h30.
Cette fois-ci, j'enlève mon dossard, j'ai mon compte. Plus envie, encore moins envie d'arriver de nuit dans un état lamentable..et pas certain de ne pas faire un malaise au sommet des 3 becs.

Je me fais rapatrier par une voiture, pendant que Vincent termine sur un profil final descendant, dans lequel il retrouve des sensations qui lui permettent de gagner quelques places (13è).

Belle performance pour l'un, belle déception pour l'autre...
Il y aura des jours meilleurs !

Nico

lundi 9 mars 2015

Ultra du bout du cirque

Samedi 7 Mars, le Vigan (Gard)
102 km, 3500 m D+

Cela devient une habitude, mais Vincent et moi serons au départ ensemble !
Par contre, contrairement à l'Origole en Décembre dernier, nous sommes dans une forme ascendante; pas transcendante, mais correcte.
Depuis quelques temps, je passe les nuits dans la chambre d'amis, et Bérénice à ma place, ce qui fait que ses 5 ou 6 têtées nocturnes ne fatiguent que sa Maman. Je suis globalement reposé, et à part cette douleur intercostale qui traine depuis 1 mois mais ne me gêne pas pour courir, je n'ai mal nulle part.

La première partie, 49 km, est assez roulante, et ne comporte que 2 côtes de 500 m de dénivelée chacune. On repasse au Vigan pour débuter la seconde, qui est beaucoup plus vallonnée et difficile. Nous avons donc décidé de prendre notre temps dans la première pour ne pas trop subir dans la seconde.
Ayant la possibilité de récupérer un sac à la fin de la première boucle, nous avons donc soigneusement calculé les quantités de boissons, barres énergétiques, gels à prendre et à répartir.
De même pour les vêtements, les prévisions météorologiques étant au beau fixe et les températures clémentes.

Départ 4h du mat', à la frontale.
Nous courons comme prévu ensemble, sans nous préoccuper des autres concurrents, dont certains, inévitablement, seront partis trop vite.
Nous nous relayons, papotons un peu par-ci par-là, et les kms s'enchaînent agréablement.
Un passage par le fond du cirque de Navacelles au bout de 20-22 km, puis remontée pour 800-900 m en balcon, dans la semi-clarté du jour qui se lève et qui ajoute un peu de mystère à un panorama grandiose.
Arrêt rapide au ravitaillement du km28, juste histoire de s'étirer un peu, et c'est reparti, toujours tranquillement.

Nous sommes sereins, jusqu'au 40è km environ, où Vincent connaît un coup de mou. Sans casser complètement l'allure, il est obligé de faire le dos rond en attendant des moments meilleurs. Je mène donc en levant un peu le pied.
Le ravitaillement du km49 au Vigan tombe à point pour faire passer ce moment délicat.
Nous nous changeons, troquant corsaire et veste contre short et tee-shirt technique.
Une bonne couche de crème anti-frottements sous les pieds, changement de sac, et nous voilà repartis avec le plein de ravitaillement pour la deuxième partie du parcours.

Le dénivelé étant plus important, nous avons aussi pris nos bâtons...Bon choix, parce que les sentiers s'avèreront très techniques et cassants dans cette deuxième partie.

Vincent va mieux, et je me sens moi-même bien léger. J'ai même tendance à me détacher un peu dans les ascensions...En fais-je trop ? Pas flagrant...
Nous hésitons quelques minutes après avoir raté un balisage. Un concurrent nous rattrape alors et nous restons à 3 pour une fin d'ascension, et une descente qu'il attaque en tête. Je le relaie sur 200m, puis Vincent dans une partie plus technique...
Bizarre, cette technicité n'explique pas le fait que je me torde 3 fois consécutivement la même cheville et que je me trouve plutôt mal-agile...

Subitement, Vincent s'arrête, nous demandant depuis combien de temps nous n'avons pas vu de balisage...
Un 4è concurrent arrive...Coup de fil à l'organisation, qui nous confirme qu'il fallait rester sur la crête et non descendre !!
1 bon km à remonter. avec les 2 premières féminines qui sont venues s'ajouter au quatuor d'égarés. En gros 20 minutes perdues.

C'est dans cette remontée "hors parcours", au km65 environ, que je connais mon coup de mou. Quelques papillons devant les yeux me font comprendre pourquoi je me sentais "pataud" dans la descente, et m'indiquent l'urgence de faire remonter mon taux de glucose sanguin. L'équivalent de 5 gels y passe en quelques minutes. Vincent mène en levant le pied pendant que je fais le dos rond, jusqu'au ravitaillement du km76.
Nous prenons notre temps (une bonne dizaine de minutes), et cette pause m'est bénéfique. Le re-démarrage pour une nouvelle ascension est encore un peu difficile, mais au bout de 5 minutes les sensations deviennent meilleures.

Nous sommes maintenant bien fatigués l'un et l'autre mais maintenons un rythme convenable.
Une longue descente, particulièrement technique, jusqu'au dernier ravitaillement au km91, où nous faisons 5 minutes de pause.

Restent 11 km : une montée et une descente puis 6 km relativement plats pour rallier l'arrivée.
Mes 5 gels avalés simulanément me manquent un peu, Vincent m'en donne un pour assurer le coup.
Les articulations grincent, les muscles sont douloureux, j'ai des ampoules aux pieds, mais nous terminons correctement, en 14h43 (16è et 17è),

J'avais des doutes quant à la capacité de mes articulations à tenir 100km, mais tout compte fait elles ont bien tenu le choc.
A confirmer le 8 Mai dans la Drôme...

Nicolas